L’horizon est immense - 2016

« Regarde autour de toi, et dis-moi, Hayet, que vois-tu ? Les gens aiment venir se promener ici parce que l’horizon y est immense. Mais que vois-tu, en réalité ? L’océan est un mur, nous sommes entourés de murs. Il y a des murs liquides, des murs de sable. Nous sommes toujours du mauvais côté. Mais il est écrit nulle part que nous devons y rester pour toujours. »
Jérôme Ferrari – Balco Atlantico

La situation des migrants vient à mon esprit de manière insistante depuis la série Traversées réalisée en 2014. En quoi cette histoire me concerne ? En quoi cela concerne la photographie ?

Chaque époque est obscure pour ses contemporains, de nos jours les ombres s’allongent tandis que les murs s’élèvent et le ciel est couvert. Nous sommes pris dans une lumière qui dessine la forme de nos désirs, de nos peurs, de nos gestes et de nos paroles.

Ces images d’embarcations surchargées que l’on voit sur les écrans ou dans les journaux sont comme des images latentes : à la lumière des projecteurs, ce que ces images ont à révéler est menacé de disparition. Ces hommes, femmes et enfants en situation d’exil vers l’Europe portent avec eux des images invisibles à l’oeil mais qui nous disent l’état du monde.

J’ai choisi de mettre en scène des groupes de personnes dans des paysages du littoral méditerranéen.
Ce sont des images d’attente.
Chaque photographie est présentée selon deux ou trois traitements différents. Comme si elle pouvait passer d’un état à un autre. Du négatif au positif, de la couleur au noir et blanc. L’une pouvant être le reflet de l’autre, le double inversé ou le double parvenu à la limite du visible. La photographie argentique par nature est double, elle provient d’un négatif et contrairement à la peinture elle est reproductible, ce qui, dans cette série, a été un enjeu formel.

Les cadrages sont pensés de manière à ce qu’il n’y ait pas de ciel, il n’y a aucun horizon mais la mer est toujours présente, ce qui peut créer une tension entre un cadrage fermé et un hors champ très ouvert qu’on ne voit pas.