Fragments

 

Couper et morceler, prélever et assembler sont des gestes, des décisions qui engagent l’acte photographique. Ils ont présidé à la recherche et à l’élaboration de ce travail qui a pour titre Fragments.

 

Ce sont des prises de vue pour la plupart réalisées à la chambre photographique et il y avait au départ deux lignes :

 

Paysages sans figure :

une carrière, un barrage, une montagne, une grotte.

 

Intérieurs avec figure et porte :
jeune fille assise / surexposition
jeune fille avec une arme à feu / rideau
jeune homme sur le seuil / porte ouverte sur l’extérieur
femme avec des jumelles / vue sur paysage
homme nu / porte occultée

 

Les deux corpus sont néanmoins travaillés dans un même mouvement, la réalisation d’une photographie pouvant conduire à la modification d’une autre, elles n’ont pas été pensées successivement mais dans un aller-retour permanent. Ce sont des images qui sont tenues dans le rapport qu’elles entretiennent les unes avec les autres. Ce n’est pas une série mais un ensemble de photographies de formats et de traitements divers, on pourrait dire un montage.

Dans les photographies de Point aveugle on ne peut saisir l’image dans son entier. J’ai prélevé des détails dans la photographie initiale et les présentent les uns à côté des autres. Cette opération laisse voir les manques, on ne peut reconstituer l’image globale (et ce n’est pas l’enjeu) précisément parce qu’il y a des manques, l’image est incomplète mais elle en fait voir une vingtaine d’autres, certaines n’étant plus que des lignes, des surfaces.

 

Une des deux photographies du barrage de Malpasset est traitée en négatif. Ce retournement pour aussi simple qu’il soit souligne la forme brisée du barrage, le dessin est plus net, plus tranchant, il découpe l’image en deux. La question du double, propre à la photographie argentique, a été un axe important dans ce travail.

 

Les trois photographies de l’entrée de la grotte de Font-de-Gaume sont appréhendées selon trois approches différentes : un tirage d’une photographie ancienne sur papier, une prise de vue à la chambre photographique présentée sur caisson lumineux et un montage d’environ 170 photographies qui reconstitue la vue de l’entrée de la grotte. Le même point de vue donc mais pas la même photographie.
 

Le montage des 150 images fait apparaître le balayage de l’appareil photographique dans l’espace, chaque image correspond à une prise de vue. Ces fragments de roche qui, pris isolément, sont proches de l’abstraction, permettent d’imaginer le mouvement aveugle du photographe, il m’était impossible de cadrer, de voir l’image dans son entier avant d’en avoir fait le montage. Celui-ci n’étant pas fermé par un cadre, il laisse à penser que l’image peut s’étendre davantage et n’est pour ainsi dire jamais finie.

Je remercie le Centre des monuments nationaux pour l'accueil qui m'a été fait sur le site de la grotte de Font-de-Gaume.